De l’insupportable existence des petites arnaques du quotidien.

Hello hello mes doux amis, vous qui êtes aussi lumineux que des rayons de soleil dans un jardin andalou, à vous il ne vous viendrait pas l’idée de spolier votre prochain n’est-ce pas ? Voila pourquoi les lignes qui suivent risquent fort de vous choquer mes agneaux, je m’en excuse par avance, mais je DOIS témoigner, il le faut.

Car voyez-vous, ces derniers temps, j’ai croisé sur ma route un certain nombre de malhonnêtes. Attention : je ne vous parle pas ici du genre de grands malhonnêtes toxiques que nous avons tous le malheur de côtoyer dans la vie (que la gale bubonique les emporte dans d’atroces souffrances) ; mais des petits arnaqueurs du quotidien, l’air de rien, qui ponctionnent par-ci par-là quelques euros mal acquis, au mépris des lois et de ma foi chancelante en l’humanité bienveillante.

Quand je me fais avoir en faisant mes courses au marché, ça me rend dingue. Car voyez-vous, pour moi, aller faire mon marché est un acte quasiment militant.

Imaginez-vous : au lieu de rester à la maison à siroter du thé Earl Grey, je sors dans le froid, seule comme un chien, l’homme et les fifilles ayant toujours des choses extrêmement plus importantes à faire que de m’accompagner au marché, comme de se pâmer d’amour devant Ben 10 Ultimate Alien ou de lire L’Equipe en ligne en faisant semblant de faire un télémarket (ce qui, lorsque l’on maîtrise bien la technique, peut durer toute une matinée).

Il faut également savoir que dans mon quartier, les courses au marché représentent un investissement financier non négligeable, les commerçants  affichant des tarifs qui feraient rougir jusqu’aux vendeurs de chez Hédiard (lesquels sont pourtant de sacrés pros en la matière).

Bref, je considère donc que l’effort de faire son marché à Paris est un (modeste) moyen de soutenir l’agriculture et les produits de qualité, tout en consommant du frais – et j’en attends donc un légitime sentiment d’auto-satisfaction. Ce qui explique que je sois particulièrement vexée quand je me retrouve roulée dans la farine, telle une innocente touriste à qui l’on ferait croire que la Croissanterie de la Gare du Nord est le meilleur boulanger de la capitale.

Et bien ces temps-ci, on ne peut pas dire que j’ai été gâtée. Voici par exemple ce qui m’est arrrivé pas plus tard que Dimanche dernier. Toutes ces anecdotes véridiques ont eu lieu au triste marché se tenant dans le bas de la rue Montmartre, entre l’église St Eustache et la rue Etienne Marcel.

  • L’écailler se trouvant au bout à droite de la rue quand on a St Eustache dans le dos. Il affiche de belles bourriches d’huîtres avec une étiquette annonçant 8,90 €. Je lui en prends deux douzaines, et me rends compte au moment de payer que le tarif affiché est au kilo et non à la douzaine. Du jamais vu. La mention  « kg » est bien inscrite sur l’étiquette, au sens strict l’affichage est donc honnête. Mais pour quelle raison afficher un prix au kilo et non à la douzaine si ce n’est pour tromper le client sur le tarif réel des huîtres ? (NDLR : mon ami Patrick Cadour me fait savoir que cette pratique existe bel et bien dans certaines régions et milieux professionnels. Cela dit sur les marchés parisiens cela reste rarissime, alors je ne sais que penser. Ce qui est certain, c’est qu’en ce qui me concerne, j’ai cru qu’il s’agissait d’un tarif à la douzaine et que je me suis donc sentie piégée – à vous de vous faire votre opinion).
  • Le même écailler. Il a un beau panier de St Jacques vivantes, en coquilles. Je lui en prends trois kilos. Il me demande si je les veux décoquillées, je lui dis « oui » – et hop abracadabra, il me sort de par dessous son étal un sac plastique avec des noix déjà préparées. Que faire ? Refuser reviendrait en gros à le traiter de malhonnête, ce qui est contre ma pratique assidue de la lâcheté en toutes circonstances. Je suis donc coincée, et je repars avec le sac, sans savoir quel était le poids réel de départ – mais surtout, comme je le découvrirai plus tard, avec des produits de la veille.
  • Le poissonnier se trouvant du même côté de la rue. Je suis en train de faire la queue lorsqu’une gentille dame lui demande innocemment : « Le congre, c’est comment ? ». Et le type de lui répondre, droit dans ses bottes : « Le congre madame, c’est délicieux, c’est très fin c’est comme du cabillaud ». Autant vendre de l’andouille de Guéméné en disant que cela ressemble au Jambon de Parme. Je veux bien que tous les goûts soient dans la nature, mais il y a des limites.
  • Juste à gauche du poissonnier amateur de congre, le maraîcher au chapeau. Alors lui, je ne peux pas le voir, il a toujours une attitude hautement courroucée, comme si on venait de lui marcher sur les pieds. L’autre jour, il vendait des carottes blanches à 14,90€ le kilo. 100 nouveaux Francs le kilo. Des carottes. « Un produit d’exception madame », ben oui voyons, et mon cul c’est du caviar ? Si l’on ne peut pas dire ici qu’il y a arnaque, ça m’a tout de même paru malhonnête, comme s’il essayait de me faire croire que sa carotte était autre chose qu’une carotte.

Toutes ces pratiques minables me désespèrent, je boycotte donc désormais ces gens sans scrupules, et vous engage à en faire autant si vous passer dans le coin*.

Quant à moi, je ne crois plus que je puisse trouver un marché correct dans mon quartier, et je continuerai donc à prendre le métro pour aller au marché d’Aligre, écouter le chant rigolard des vendeurs de mandarines à un euro le kilo, sans que personne n’essaye de me les faire passer pour des citrouilles.

*Trois étals cependant fréquentables sur ce marché :

  • le primeur tout au début de la rue à droite (toujours avec St Eustache dans le dos). Il est facile à reconnaître : c’est le seul à ne pas vendre de fraises au mois de février, et surtout il y a ici trois fois plus de queue que chez les autres. Vous y trouverez des beaux produits de saison à des tarifs presque raisonnables.
  • un peu plus loin sur la droite : un marchand d’olives et de fruits secs qui vend (tenez vous bien) des LUCQUES. Rendez vous compte, des vraies olives de Provence, un petit miracle sur les marchés parisiens.
  • le poissonnier du coté gauche de la rue, plutôt sympa, et toujours nickel jusqu’à maintenant.

16 réflexions au sujet de « De l’insupportable existence des petites arnaques du quotidien. »

  1. la pintade aixoise

    arf, de toute façon, sur le lot peu sont de vrais maraîchers à Paris. Quand aux poissonniers et aux st jacques, moi j’aurais carrément refusé et demandé à ce que les coquilles soient ouvertes devant moi… Lui il dépasse les bornes des limites !

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  2. Claire Auteur de l’article

    Mais tu as RAISON mais je suis nulle pour ça, j’étais tétanisée et je n’ai réussi qu’à lui lancer un regard outré avant de partir avec mon petit sac ….

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  3. LaFrancesa

    Si les vendeurs sont des distributeurs ils sont en fin de chaîne face aux clients et ne peuvent pas augmenter leur prix à la même hauteur que les intermédiaires qui les tiennent par les cojo**** et donc, les petites arnaques de ce genre se multiplient pour qu’ils répercutent les hausses. Le coup des St Jacques c’est vraiment le summum, je suis assez d’accord pour payer le poids avant préparation histoire de rémunérer la main d’oeuvre mais là moi j’aurais crié au scandale et bien fort pour que tout le monde le sache. Quant au problème du congre que l’on veut faire passer pour du cabillaud, je trouve curieux que personne n’ait fait de remarque… à moins que personne sauf toi ne connaissait la différence! Moi j’ai été arnaquée UNE SEULE FOIS avec la méthode de la balance, le vendeur a appuyé discrètement sur le plateau pour augmenter le poids (la plateau étant stratégiquement planqué derrière des ardoises ou un bordel structurel donc la manip est invérifiable à moins de dégaîner ta propre balance), je l’ai fusillé du regard et j’ai recompté ma monnaie deux fois et depuis je passe devant lui sans le calculer et je ne suis pas la seule à le bouder.

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    1. Claire Auteur de l’article

      Moi le problème c’est que ça me coupe la chique, je suis une grosse trouillarde, je n’ai rien osé dire sur le congre. Personne d’autre n’a entendu je pense, j’était au bout de l’étal à regarder je ne sais plus quoi. J’ai courageusement regardé mes pompes pendant leur conversation, car je savais que si je levais la tête, la dame allait voir que je n’étais pas d’accord (et oui, j’ai comme qui dirai un visage expressif). Bref, nulle 😦

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  4. Patrick Cadour

    Coucou, les huîtres au kilo, ça ne me choque pas, c’est une pratique habituelle, beaucoup de « Creuses de Bretagne » sont vendues ainsi, y compris par les producteurs et mareyeurs.

    Les saint-jacques, je n’aurais jamais accepté, c’est carrément illégal… Ne pas acheter des coquillages dé-coquillés, des crustacés cuits ou des poissons écaillés d’avance…

    Quant au congre « comme le cabillaud », ça prouve que les poissonniers sont les plus grands arnaqueurs des marchés, et qui en plus te prennent de haut quand tu fais une remarque, comme quoi tu n’y connais rien par principe. Ils ne jouent plus trop à ça avec moi…

    Je ne me prononcerai pas sur les carottes et le caviar 😉

    Sinon j’ai les mêmes à la maison lorsque je demande de la compagnie pour le marché, il paraît que je tourne des heures avant de me décider. Des ingrates.

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    1. Claire Auteur de l’article

      Tu me sidères avec ton histoire d’huîtres au kilo, en tous les cas à Paris c’est pas courant, j’avais jamais vu ça (et des huîtres pourtant, on en consomme !). Mais bon, je note, c’est bon à savoir – et je vais corriger l’article, merciii ^_^.

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      1. Patrick Cadour

        Ce qui n’empêche pas de les compter et de les peser ensuite… Je les vendais déjà ainsi (au détail) à la fin des années 70 dans l’entreprise ostréicole où je bossais pendant les vacances… tandis que les plates étaient toujours vendues en lots de 6 ou 12.

        L’habitude de les vendre (et donc de les consommer) à la douzaine, comme les oeufs et bien d’autres denrées remonte au moyen âge, à l’époque on utilisait des mesures en base 12 et non 10. Le poids était la « livre de 12 onces ».

        Pour t’aider au marché, 50 creuses n°2 pèsent environ 5kg, soit 100 g l’huître et 1,2 kg la dz. Faudra que je vous raconte ça à l’occasion sur CdM 😉

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  5. very easy kitchen

    bon moi je suis nulle en marché. j’aime bien m’y balader mais rarement acheter en tout cas dans les grandes villes. J’achète mes légumes chez Naturalia ou chez Monoprix les récoltes des petits producteurs qui sont mises en avant chaque semaine.

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    1. Claire Auteur de l’article

      Ha ben il est où ton Monoprix, parce que dans le mien c’est pas trop « petits producteurs  » l’esprit, avec en plus une tendance à avoir exactement le même étal en février et en juin qui m’agace toujours un peu …

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  6. bruno

    Hello Claire,

    Comme toi, je pratique le marché une à deux fois par weekend comme un acte militant – non à la nourriture sous plastique- , et égoïstement aussi pour y trouver de meilleurs produits. J’arrive encore à y trainer mes fils, mais je sais qu’après leurs 10 ans, ça sera plus dur… Je n’ai fait qu’une fois ce marché, au pied de Saint Eustache, sans avoir très envie d’y faire mes courses. Plus proche de chez moi, la rue de Bretagne et son marché des enfants rouges m’ont très souvent déçu, commerçants hautains avec une qualité aléatoire. Le marché de la villette (à Belleville) ou celui de Popincourt sont les endroits que je pratique et où l’on trouve encore des poissonniers sympas, qui bossent en direct avec des pécheurs (ex : Boulogne sur mer), ou encore des primeurs/producteurs.
    Voilà, tout ça pour dire que la recherche de beaux produits, c’est pas simple. Et surtout, surtout, que ça ne t’arrête pas dans la publication de nouvelles recettes ! Merci du reste pour la poutargue/ haricot coco ! Et j’en arrive enfin à une suggestion, pourquoi ne pas avoir une rubrique « mes adresses : les meilleurs / à éviter » ?

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    1. Claire Auteur de l’article

      Je vais essayer je pense un de ces quatre celui de Belleville, c’est plus pratique pour moi qu’Aligre en fait. Tu as des marchands à recommander en particulier ? Quant au rubrique, le lecteur est roi, il n’y avait qu’à demander : c’est fait !

      Répondre
      1. Bruno

        En remontant le boulevard vers la place du colonel Fabien, tu trouveras un ostréiculteur qui vent également de très beaux tourteaux, étrilles, homards. Le second poissonnier est mon préféré et vend en direct la production de petits bateaux de Boulogne sur mer. Peu de choix mais plutôt de bonne facture. Ensuite, toujours en remontant le marché, passe prendre des pasteis de nata chez la marchande de pain Portugaise. Enfin, il y a sur la fin du marché un chouette maraîcher producteur.
        Voilà, je ne sais pas si ce marché mérite le voyage depuis chez toi, mais j’aime bien ces marchands là

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  7. Pierre

    Ma chère Claire,
    Je découvre ton blog qui me ravit.Si le sujet traité m’intéresse (j’aime également passer un peu de temps en cuisine), le style littéraire que tu développes m’enchante…. Il va me falloir un peu de temps pour visiter toutes tes publications. J’ai commencé par celle là et elle m’a fait bien rire…. De mon coté, je me paratge entre le marché de Rueil ou j’habite 25% du temps (cher mais bien, surtout mon boucher) et les échoppes de la rue du faubourg St Denis pas loin de chez ma chérie ou je passe 75% de mon temps… je suis moi même sidéré par les pratiques commerciales de certains primeurs, bouchers et/ou poissonniers…. j’ai trouvé mon bonheur rue du Faubourg Saint Denis ou le metissage de la clientèle te permet de trouver à peu près tout et pour tous les budgets… j’avoue même m’être réconcilé avec les fromagers, c’est te dire…

    Des bises

    Pierre

    Répondre
    1. Claire Auteur de l’article

      Pierre, halalalalala ça me fait plaisir de te lire ici dis donc, et merci pour ce retour positif, je suis flattée venant de la part de quelqu’un qui a autant d’humour et de plume ^_^ Faut absolument qu’on se fasse un truc avec les autres vieux, j’essaye de voir avec Nout un jour où il est à Paris et on rassemble la meute, ce serait trop chouette ! Je t’embrasse.

      Répondre
  8. Valérie

    Bonjour Claire. J’ai travaillé jusqu’à récemment dans le quartier et naturellement, je me faisais une joie d’aller au marché, notamment celui de la rue Montmartre. Et ce que j’ai vécu ressemble de près à votre aventure….même commerçants (le même poissonnier arnaqueur, le même maraîcher) méprisants et malhonnêtes. Je les boycotte désormais. De cette rue, je n’en retiens qu’une belle boucherie à mi-parcours de la rue, sur la gauche (St Eustache en face), le caviste indépendant.
    Sinon, je me rends à 2mn de là, rue du Nil (il faut juste traverser la rue Réaumur) chez Terroirs d’avenir qui tiennent 3 boutiques (un poissonnier, un boucher et un maraîcher-fromager). C’est cher, mais c’est de saison et d’un goût exquis.
    Je me souviens d’un moment d’anthologie avec le poissonnier qui pendant qu’il parait une énorme sole de l’île d’Yeu, m’expliqua durant 10mn comment réaliser la parfaite cuisson de ladite sole !

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    1. Claire Auteur de l’article

      Bonjour Valérie, merci de ton témoignage ! Oui rue du Nil c’est très bien même si c’est c’est pas donné, au moins ça les vaut c’est déjà quelque chose. Et l’acceuil un peu coincé des premiers temps c’est bien décoincé 🙂

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